Transition et gouvernance de la justice : Nécessité d’apaiser la tension sociopolitique

Parmi les indicateurs de l’Etat de droit figure en bonne place, la bonne distribution de la justice. La Transition malienne en cours doit faire un effort dans ce sens.

Depuis le début de la transition politique en cours, presque chaque jour que Dieu fait, nos tribunaux enregistrent des plaintes pour divers motifs, sans compter que les verdicts de condamnation ne cessent de se multiplier.

Affaire Oumar Mariko, affaire Issa Kaou N’Djim, affaire de dénigrement du président des FARE Anka Wuli, Modibo Sidibé, etc. La liste des affaires s’allonge avec des fortunes diverses pour les uns et les autres. Signe d’une vitalité de la machine judiciaire ou d’une prédisposition à ester en justice ?

Le phénomène préoccupe les observateurs, qui s’interrogent sur cette inflation dans l’activité judiciaire. Surtout que le pays s’est engagé dans un processus de changement et de refondation de sa gouvernance. Comment la machine judiciaire peut-elle rassurer davantage les citoyens dans un tel environnement de violences (verbales surtout) et de propension vers le délit ? Les magistrats et praticiens du droit n’ont-ils pas un rôle pédagogique décisif à jouer dans cette phase de la marche du pays ? Quid d’une instruction du ministre de la Justice demandant d’ouvrir une enquête sur les motivations d’une décision de justice ?

En effet, la demande d’ouverture d’une enquête par le ministre de la Justice sur les tenants et les aboutissants du verdict dans l’affaire Bakary Togola, laisse percevoir une certaine crise de confiance entre le pouvoir exécutif et le judiciaire. Jusqu’où peut aller cette crise de confiance ou peut-être cette suspicion ? Nul ne saurait le dire. Mais la question se pose de savoir si la machine judiciaire est rassurante pour bien jouer sa partition dans la reconstruction de l’Etat de droit. Des efforts restent certainement à faire.

En outre, le processus de refondation ne doit pas encourager une forme de bellicisme ou de culture de conflits sociaux. Il doit au contraire, permettre aux uns et aux autres de privilégier les voies de dialogue et de recherche de solutions négociées ou d’arrangements non judiciaires pour consolider le vivre ensemble. Il faut, dans ce sens, faire appel aux canaux d’entente sociale et nos us et coutumes comme le cousinage à plaisanterie.

Ces instruments permettront de moins judiciariser les conflits sociaux et aideront à ne pas surcharger les magistrats. Car, c’est par l’hyper-sollicitation du personnel judiciaire que d’éventuels abus découlent.

Enfin, l’on ne doit pas oublier que l’appareil judiciaire est un pan essentiel d’un processus de transition en ce sens que les échéances électorales n’ont pour arbitre incontournable que la machine judiciaire. Si la justice est trop sollicitée ou instrumentalisée, le processus électoral en recevra un fâcheux coup. Il urge donc que le ministre de la Justice et tout le corps de la magistrature travaillent à se crédibiliser davantage pour aider à apaiser la tension sociale et donner des chances de recoudre le tissu social en lambeaux.

Source : Maliweb.net

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